Anne Charpentier 

"Le Monarque en soi"

 

 

Anne Charpentier, Directrice, Insectarium de Montréal, Espace pour la vie (web)

 

C’est en 2008 que j’ai eu le plaisir de rencontrer et d’accueillir Lydie Jean-Dit-Pannel en résidence à l’Insectarium de Montréal, pour lui permettre de se rapprocher encore davantage du papillon monarque. Lydie portait déjà au moins la moitié de ses monarques tatoués. Toujours in progress, comme elle dit.

 

« Tout cela à cause d'un lépidoptère qu'elle avait rencontré lors d'un séjour au Québec. L'instinct l'avait guidée à l'Insectarium de Montréal et elle y avait eu comme une fulgurance.” »

Des ces mots de Lydie, deux me semblent être des clés de sa démarche: la fulgurance et la rencontre. La fulgurance ou le choc avec une réalité, qui se traduit dans son parcours créatif par un état d’alerte constant, par l’indignation et par l’action. Puis des rencontres signifiantes avec des êtres passionnés et dédiés, qu’elle adopte tout autant qu’ils l’adoptent, et qu’elle imbrique à son journal de bord pour nourrir sa propre histoire. Ces fulgurances et ces rencontres, elle les amalgame et les magnifie pour nous révéler le monde. 

La réalité du papillon monarque agit pour Lydie comme révélateur de notre rapport « défectueux » en opposition à « affectueux » avec la Terre. 

 

Et pour cause...

Le monarque (Danaus plexippus) est un papillon reconnu pour sa fabuleuse migration annuelle, où la majeure partie de sa population parcoure 4000 km depuis le Canada et le nord-est des États-Unis. Ce papillon d’un peu plus de 4 grammes, entreprend son voyage d’instinct vers des sites d’hivernages dans les hautes montagnes du Mexique, pour y passer la saison froide. Un voyage où chaque année, les embûches s’additionnent, de sorte que ce phénomène migratoire unique est menacé de disparaître. L’année 2013 enregistrait une baisse de 500% par rapport à la moyenne des 20 dernières années d’observations. Rien de moins.

L’une des principales embûches est la rareté grandissante de sa plante hôte, l’asclépiade. Pour se reproduire, le monarque dépend totalement de cette plante autrefois abondante tout le long de ses routes migratoires. Or de grandes régions jadis accueillantes pour le monarque ne le sont plus, en particulier la région du centre Nord des États-Unis. La culture intensive de maïs et de soya transgéniques, qui supportent l’épandage d’herbicides, entraîne l’élimination de l’asclépiade, tout comme de plusieurs autre plantes dites nuisibles pour l’agriculture...mais si utiles pour l’équilibre de nos écosystèmes.

 

Puis, on observe une plus grande fréquence et intensité de phénomènes météorologiques extrêmes, tels que des sécheresses, des précipitations record ou des gels hâtifs ou tardifs, qui sont une conséquence des changements climatiques globaux. Tant les changements climatiques globaux que les phénomènes extrêmes ont des impacts sur le monarque et sur l’asclépiade. Les espèces doivent s’adapter à ces changements à un rythme effréné, possiblement au-delà de leur capacité d’adaptation. 

 

Tout comme l’ours polaire, le béluga, le panda géant, le monarque devient une icône qui nous alerte d’une réalité que vivent nombre d’autres animaux ─ dont une majorité d’insectes ─ ou plantes moins connus. Ne dit-on pas assez que le rythme actuel d’extinction des espèces est de 1000 fois supérieur au rythme régulier observé à travers l’étude des couches géologiques de notre planète ? Cette extinction en cours est qualifiée d’anthropocène, car nous en sommes la principale cause. Or, notre propre survie dépend de la biodiversité. Il y a urgence de mieux vivre la nature.

 

A l’Insectarium de Montréal, nous composons avec cette réalité à travers des rencontres émotives et surprenantes avec les insectes et la nature, puis une approche éducative qui conjugue sciences, participation et mise en lumière de solutions. Parce que solutions il y a. Espoir aussi que de plus en plus de personnes partagent gestes, actions et prennent la parole. 

 

Un musée comme l’Insectarium de Montréal ─ tout comme l’école, les médias, les groupes d’action, les grandes figures écologistes, les artistes ─ participe à l’éveil d’une conscience environnementale. 

 

Quand une artiste comme Lydie Jean-Dit-Pannel oriente sa démarche créative à la suite d’une « rencontre fulgurante » à l’Insectarium de Montréal, il y a de l’espoir. Son regard d’artiste provocateur et sensible, permet d’essaimer les enjeux du monarque au-delà des sphères scientifiques et environnementales. 

 

Merci Lydie de porter le monarque en toi, pour nous et avec nous. La rétrospective de Lydie Jean-Dit-Pannel « 10 ans dans le bruissement du monarque » a eu cours dans quatre lieux de Montréal de novembre 2014 à février 2015 : Cinémathèque québécoise, Espace Cercle Carré, Insectarium de Montréal, Vidéographe. Un corpus important d’œuvres issues de sa rencontre avec le monarque, puis de ses préoccupations relatives au nucléaire et de son journal de bord, le Panlogon, y ont été présentées.

 

 

 

Des actions pour le monarque !

 

La réalité du monarque interpelle plusieurs et des efforts panaméricains sont mis en place de renverser la situation. Depuis plusieurs années, l’Insectarium de Montréal offre des activités éducatives telles que Monarque sans frontière, grâce auquel des monarques sont étiquetés pour permettre le suivi de leurs routes migratoires (programme, Monarch Watch, de l’Université du Kansas).

 

L’Insectarium est aussi l’initiateur du programme Oasis pour les monarques qui incite les citoyens à créer un jardin accueillant pour les monarques.

Puis, des sites comme iPapillon (Insectarium de Montréal) et Journey North (Annenberg Foundation) compilent les observations de naturalistes amateurs et professionnels sur l’ensemble du continent nord-américain. Issu de l’Université du Minnesota, le programme Monarch Larva Monitoring Project (MLMP) compte sur une escouade de bénévoles pour dénombrer les œufs de monarques dans des parcelles d’asclépiades